22.08.2007

Material Girl

“Some boys kiss me, some boys hug me

I think they’re ok

If they don’t give me proper credit

I just walk away”

Ma chanteuse préférée de tous les temps, et tant pis, oui, j’assume totalement ses fautes de goût et les miennes, Madonna, donc, avait chanté ce couplet avec ô combien de clairvoyance.

En gros, c’est pas que les filles sont toutes aussi vénales que le personnage de la chanson, c’est juste que, même si c’est résolument anti-féministe, on ne peut pas s’en empêcher, c’est gravé dans nos cerveaux de filles nourries au mythe du Prince Charmant, une invitation à dîner, ça vous pose un homme. Et puis si ça se trouve, c’est pour que les hommes invitent leurs amoureuses que leur salaire est un tiers plus élevé que le nôtre… Et toc.

Bref, je serais bien la dernière à clamer qu’un mec doit toujours tout payer. Toutefois, jamais je n’accepterai l’inverse non plus, le mec qui a un hérisson dans le porte-monnaie. Je fuis les radins comme la peste et je vous conseille d’en faire autant. Pourquoi ? Eh bien pour trois raisons : un, vous ne passerez jamais un moment détendu avec un radin ; même s’il prend sur lui et vous invite un soir, il sera tout tendu durant le repas (et pas tendu d’excitation, croyez-moi) sachant qu’à la fin il devra payer la note ; il vous fera la gueule quand vous demanderez un dessert et vous engueulera si vous ne finissez pas votre plat (« Mais tu sais qu’il y a des enfants qui meurent de faim en Afrique alors que toi tu laisses l’équivalent d’un euro trente cents dans ton assiette ??? »). Deux, avec le radin vous n’aurez jamais de beau cadeau, de beaux voyages, de belles sorties, de belle maison. Ce n’est pas une question de richesse, c’est ça le pire. Alors imaginez-vous avec votre millionnaire pingre à aller faire vos courses aux soldes d’Emmaüs une fois par an. Trois, comme me l’a dit et répété ma cousine mariée au champion du monde des radins : « Un homme radin avec ses sous, c’est un homme radin avec ses sentiments ». Bonjour le tableau…

Heureusement, le radin se repère très vite : comme on n’est plus au collège, il est désormais de bon ton de sortir prendre un café, voir d’aller au restaurant avec une nouvelle recrue. C’est là qu’il faut analyser votre homme et prendre la décision : rester, ou fuiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiir !

De mes rencontres, T’as Pas Deux Euros est l’archétype du radin, l’apothéose du radin, que dis-je, la pingrerie faite homme. Tellement mythique qu’on ne peut même pas le diaboliser, le pauvre, sa seule utilité en ce bas-monde aura été de faire pleurer de rire mes copines.

Ma relation avec T’as Pas Deux Euros me coûta trente balles, évidemment sans contrepartie aucune. Je sortis avec T’as Pas Deux Euros un soir où il m’avoua (en toute sincérité, c’est ça le pire) que j’étais la déesse merveilleuse qu’il regardait de loin, sans oser l’approcher, depuis un an. Cela ne l’empêcha pas de me dire, une fois qu’on était dans un taxi qui était censé nous emmener chez moi, qu’il n’avait pas un rond et que ce serait bien si je payais la course. Je payai la course (ça peut arriver à tout le monde de ne pas avoir de monnaie) mais le taxi fit deux arrêts, et T’as Pas Deux Euros passa la nuit seul, en attendant de voir ce qu’il avait dans le ventre – et dans les poches.

Le lendemain il me donnait rendez-vous dans un café où il m’expliquait qu’il n’avait pas une thune (rappel : prix moyen du café à Paris, 1€90. Donc il n’avait pas réussi à réunir cette somme pour sortir avec sa douce. Chapeau la débrouillardise). Faute de pouvoir m’esquiver, je lui offris le café. Le surlendemain, il m’invite au cinéma. Dans la queue, il me fait élégamment savoir qu’il « m’achète ma place » (notez : il ne me l’offre pas). Arrivé à la caisse, il dépose un paquet de pièces jaunes et me regarde d’un air penaud : « Euh, j’ai pas assez, t’as pas deux euros pour compléter ? ». Re-notez : T’as Pas Deux Euros connaît le prix de deux places de ciné, et, au cas où il ne serait pas allé au ciné depuis le passage à l’euro, peut se renseigner, mais non, il préfère quémander auprès de sa copine.

Je le larguai le lendemain, en voyant la panique à bord que déclencha ma proposition d’aller dîner le soir dans son resto préféré (voyant en cauchemar l’addition à payer, le pauvre eut presque une crise d’apoplexie). Et moi je me dis enfin : non, merci.

Finalement, peu importe que, comme T’as Pas Deux Euros, le mec vienne d’une famille riche et possède un grand appart’ dans les quartiers chics. Vive les étudiants, les mecs bohème, les sans-le-sou qui vous feront vivre comme une reine, sans compter les maigres deniers qu’ils possèdent ! ‘Cause we are living in a material world, and I am a material girl”…

Curly Carrie

Nous sommes nombreuses à lutter contre la radinerie, ce parasite qui donna aussi l’urticaire à Fleur, dont le cher et tendre lui faisait porter ses valises à travers tout Paris pour ne pas investir dans un ticket de métro (1€50), qui prétendait que les billets de train était trop chers pour venir la voir le week-end alors qu’il s’offrait dans le même temps une basse high-tech, et qui lui prouva son amour à Noël en lui offrant un magnifique presse-papier, en forme de mapemonde, que personnellement, si j’avais été Fleur, j’aurais utilisé pour lui faire découvrir les joies de la sodomie avant de le larguer sans aucune hésitation.

C’est un self-help book en matière de traitement anti-radinerie que je devrais écrire, mon combat contre cette gangraine du mâle féminisé du XXIème siècle ressemblant à celui du Roacutane contre l’acné.

Lorsque je rencontrai V., il y a de cela cinq ans, celui-ci avait tout l’air d’être issu d’une famille moyenne de proche banlieue parisienne, mais genre pas franchement Neuilly. Il fallait savoir aller au-delà de ses vêtements récupérés chez les voisins, voire chez Emmaus, dont l’accoûtraient ses parents : T-shirt Footix taille XXL pour ses 61 kilos tout mouillé, lunettes d’un design limite derrikien, …

Quelque part, cela avait rajouté un peu au charme du garçon : ce n’était pas le fils à papa rive gauche qui venait en colle de physique avec une Paul Smith sur les épaules, et je l’appréciais dans ma prépa parisienne comme on rêvasse sur une carte postale pittoresque accrochée au dessus d’une pendule dans un 8 pièces de cadre versaillais.

Nous sortîmes ensemble, quoique peu souvent, concours oblige. Moi, persuadée que mon petit copain était sans le sou, lorsque nous allions décompresser en amoureux à grands coups de nems (notez le glamour de notre repas), je payais niaisement l’addition. V. se laissait entretenir ainsi avec appétit, et me laissa aussi refaire sa garde-robe plutôt plus que moins à mes frais. Je n’étais pas totalement en reste non plus. Il lui est arrivé de m’offrir des fleurs en  venant me chercher à la gare, et j’ai eu droit à une jolie bague pour mes dix-huit ans, qui me semblait pour son portefeuille relever d’une folie (enfin bon ça restait un premier prix de chez TATI or).

Vint la fin des concours. Je nous organisais, pour fêter cet objectif chèrement atteint, un petit voyage en Andalousie. Si j’optais pour de modestes pensions à Grenade et Cordoue, j’avais repéré un hostal du doux nom de « Sol y Luna » un peu plus cher mais plus romantique et confortable pour passer deux nuits torrides dans la si brûlante ville de Séville. Quarante euros à deux la nuit, cela restait un cadeau raisonnable que l’on pouvait s’offrir. V. ne voulait pas en démordre : c’était beaucoup trop, il fallait oublier mes caprices de midinette, nous serions très bien dans un dortoir mixte en auberge de jeunesse etc… Je m’apprêtais à casser la tirelire pour nous offrir à mes frais seule ces nuits de roucoulades molletonnées lorsque j’appris quelque chose qui me projeta littéralement sur le postérieur : les parents de Vincent n’avaient pas des revenus modestes, loin de là. Son père, au foyer après une carrière dans le bâtiment, avait su tirer les meilleurs fruits d’investissements fonciers et boursiers et vivait sur une colline d’or comme on vit sur un tas d’ordures, ne dépensant un centime que si ces deux grosses têtes de gosses réunis avait réussi à faire la démonstration du lemme qui justifiait la facture.  Il en était de même de la grand-mère.

L’aïeul et le géniteur réunis avait légués à Vincent, pour son argent de poche et ses investissements de porteur tout juste majeur, en diverses occasions tels qu’anniversaires, baccalauréat et bien sûr entrée toute chaude dans le gotta polytechnicien … une somme qui s’élevait à pas moins de 100 fois je dis bien littéralement 100 fois mes économies, utilisées pour l’unique poste des cadeaux à mes  amis.

Je me rappelle de l’air godiche qu’il avait pris pour m’expliquer cela alors que nous faisions du shopping pour lui. Je m’étais plantée au milieu du boulevard Saint-Michel, devant le magasin de disques de Gibert, et j’avais hurlé tellement fort que j’avais dû briser tous les DVD commercialisés à l’intérieur de cette auguste enseigne. Puis j’étais passée rapidement à l’iceberg, que dis-je, au granit plutonien (quelque chose de l’ordre de 0 Kelvin quoi) pour lui annoncer sèchement ma décision : il allait maintenant être mis à rude épreuve avec moi jusqu’à ce qu’il apprenne à dépenser son argent comme il se doit et surtout, à ne plus se comporter comme un clochard immature. Il commencerait par nous offrir ces deux merveilleuses nuits à Séville. Je n’étais pas vexée de ne pas avoir été couverte de cadeaux, non, mais clairement, je bouillais de savoir que nos dépenses n’avaient pas été  équitablement réparties à cause du mensonge par omission de notre nouvel Yves Montand, sauf que moi, j’avais pas les boucles de Marilyn Monroe, et plutôt envie de lui fredonner «  I’m thru with your lack of bowls » version hardrock que «  I’m thru with love » version jazz glamour.

Deux semaines plus tard, je lui donnais la leçon de sa vie : nous dînions dans un très bon restaurant avec des amis pour fêter une énième fois la fins des concours. Sous prétextes d’aller aux toilettes, je m’éclipsais pour payer l’addition qui s’élevait au huitième de mes économies. Je revins et annonçai en regardant V. droit dans les yeux que j’offrais le repas à tous car j’avais passé un excellent moment entourée de gens que j’adorais et que j’avais eu envie de le transformer en cadeau.

V. savait très bien ce que cette somme représentait pour moi.  A partir de ce jour, il fit des efforts croissants pour être plus généreux, non pas avec moi seule, mais avec lui, avec ses parents, et donc, avec nous. Il y eu des restos, des concerts, beaucoup de sorties, même s’il restait le gentil garçon profiteur qui aimait s’inviter dans ma famille pour faire un bon gueuleton gratis.  Et puis quelque part dans notre deuxième année, lorsque j’étais en Californie et où l’absence, étrangement, décuplait la passion, V. investit dans un aller-retour à LA pour venir me rappeler comme il est bon de faire l’amour, et j’eus même droit pour mes vingt ans à une topaze du Brésil montée sur de l’or blanc, un bijou sobre et bleu qui me ressemble tellement que je ne peux pas le quitter, même si notre rupture est avérée par de nombreuses autres paires de mains sur ma paire de fesses. Diamonds are a girl’s best friend, arent’ they ?

Et puis, après ce grand pic de générosité, les fleurs se firent de plus en plus rares, les cadeaux d’anniversaire de moins en moins symboliques (le dernier en date fut tout de même un chargeur d’i-pod, et ils s’i-mackèrent pour le meilleur et pour le pire, où peut-être fallait–il chercher un symbole sensuel dans le fruit défendu dessiné sur la prise adaptable ?).

Aujourd’hui, V. est un garçon qui dépanne ses potes quand ils manquent d’argent et qui dépense presque sans compter pour assouvir une hyperactivité sociale dont je dois dire, à la base, j’avais le copyright, mais bon, il est brave, je ne lui ferai pas payer de droits d’auteur. Bon boulot, Dr. Miranda.

Et moi, dans tout ça ? Ben moi, dans mon nouveau célibat, je suis égale à moi-même : je hais le shopping sauf une ou deux fois par an où je vais craquer sur truc de créateur, hors soldes bien sûr car je déteste la beaufitude surexcitée. Je dépense essentiellement de l’argent en voyages, sorties culturelles, bons vins, bons restos, et  cadeaux. Et quand je suis seule, j’économise en mangeant des pâtes devant mes bons vieux épisodes d’Ally Mc Beal.

Je commence à avoir de l’argent, et mon futur métier fait que je vais en avoir de plus en plus. Alors au fond, ai-je besoin d’un homme riche et galant ? Ben non, surtout pas ! Avec ce goût de l’indépendance pris récemment, j’ai un plaisir sourd et intense mais qui provoque des sensations suffisamment localisées lorsque je tends ma carte bleue pour dire qu’il s’agit bien de domination sexuelle, oui je prends ce plaisir certain à décontenancer les hommes en les invitant, une manière de dire : « jeune prétentieux, que crois-tu être d’autre qu’un joli sex toy dans une vitrine que j’achète pour en faire ce que je veux ? Contente-toi de me tenir la porte du taxi et d’aller chercher les croissants demain matin». Celui qui réussira à m’inviter est un peu celui à qui je succomberais sur le lit, poignets immobilisés entre ses mains puissantes, après m’être débattue pour le plaisir du rapport de force.

Certains prédisent que je serai une femme de pouvoir, et donc, probablement, d’argent, un autre forme de material girl, très certainement. Mais vous voyez, ce qui me manque le plus aujourd’hui, c’est l’époque où un garçon m’apportait des fleurs cueillies de son jardin en venant me chercher à la gare. Un petit jardin d’un petit pavillon de banlieue. Et ces roses là, elles valaient toutes les American Express des petits cons en Armani du monde qui pourraient un jour vouloir me sauter.

Miranda Allen.

 

04.08.2007

SEXOTIC ?

Toute personne qui a fait une overdose de clips sur MTV (cinq minutes environ, ça suffit) tout en faisant une réelle overdose de feuilles excel et autres machines à café mêlées de courtes nuits en pyjama molletonné fantasme sur des vacances exotiques. C’est ainsi que j’élucubrais durant les dernières semaines de juin sur mes projets de vacances à Cuba : des mâles aussi latins que musculeux me feraient chavirer dans des salsas épicées ; le soleil viendrait, par intermittence avec des hommes ambresolarisés, caresser ma peau bronzée, avec juste ce qu’il faut de  gouttes de sueur pour donner à mon décolleté l’apparence de collines pailletées ; le rhum coulerait à flot sur un plage de sable blanc et très très chaud ; je mordrais avec sensualité dans des fruits exotiques (mangue, goyave , pastèque et autre fruit de la passion qui doit si bien porter son nom, me disais-je),  m’adonnant pourquoi pas à des morsures encore plus gourmandes. De quoi vous donner des bouffées de chaleur de femme ménopausée dans le RER, à moins que ce ne soit juste l’absence de clim.

Petit bilan au retour de mon voyage à Cuba, donc, sur ces fantasmes de danseuse de merengue du dimanche :

Premier soir à la Havane : je décide avec deux potes de faire une petite excursion dans un cabaret de salsa  où je ne rencontrerai pas de touristes. Effectivement, il n’y a que des cubains. Chouette. Je décide de danser avec un de mes potes : même si le concert n’a pas encore commencé, la sono est à fond, que faire d’autre ? Un cubain se dirige vers moi et me propose un petit tour dans ses bras sculptés dans l’ébène : j’accepte, en me demandant ce qui peut bien l’attirer. Je porte mes lunettes,  un pantalon tellement large que même ta mamie entrerait dedans, et ma tronche hurle mon décalage horaire. Il commence gentiment, avec un peu de distance. Puis, alors que je viens de lui marcher sur les pieds avec une fréquence proche de celle du courant électrique, il me murmure sensuellement à l’oreille que j’ai du talent. Là il se colle à ma cuisse gauche et décide, avec une délicatesse infinie, de jouer à frotte-quiqui sur ma cellulite.  Bizarrement, je me dis que ça sent l’arnaque et lui explique que je vais aller boire mon mojito comme une petite fille modèle. Il me demande si j’ai un copain, surpris par ma soudaine froidure (moi j’étais juste froide par ce qu’il était dur). Quoique célibataire, j’ai le réflexe de survie de dire oui. Il me demande si ce copain est en France. Et je réponds oui comme une gourdasse, au lieu d’aller rouler un gros patin à l’un de mes potes. Réponse du tac au tac : « C’est quoi le problème alors ?». Un peu plus tard dans la soirée, je rencontre un batteur de salsa péruviano-suisse  qui m’explique que j’ai eu affaire à un jinetero, une sorte de gigolo cubain spécialisé dans la pêche à la moule européenne, un mollusque qui rapporte gros, on est loin du Vieil homme et la mer… Fin de mon expérience de séductrice avec les cubains. 

La première semaine du voyage était un séjour avec toute la promotion de mon école pour fêter, ou oublier peut-être, notre diplôme et l’entrée dans la vie active. Des vacances tout ce qu’il y a de plus touristiques, qui se terminent donc par trois jours à Varadero.  J’atterris enfin sur les fameuses plages de sable fin, sous les cocotiers, avec rhum et papaye à volonté. Mais l’effet de ce fameux alcool n’est pas de me transformer en séductrice désinhibée, non j’avoue, le seul truc que j’attire est je crois la cuvette de mes chiottes, attraction réciproque et décuplée par l’effet «indigestion de fruits plus ou moins frais » au buffet du petit déj. Les seuls êtres vivants qui viennent me faire des suçons sont donc les moustiques, laissant les marques de leurs désirs voraces sur ma peau comme une multitude de cloques rouges monstrueuses qui gonflent comme des soufflés à la tomate sous le soleil. Ces animaux semblent apprécier particulièrement le repli qui existe entre ma fesse et ma cuisse, ce qui rend les crises de démangeaisons assez obscènes ; l’Apaisyl mélangé à la sueur à cet endroit a, qui plus est, la consistance de la colle. Quant aux beaux éphèbes sortant de la mer turquoise, ils ont été malencontreusement remplacés par des anglais maigrichons en maillots de bain façon Borat, ou des pères de famille germaniques en moule-bite Décathlon collection 1958. 

Démarre alors la deuxième semaine un peu plus roots avec quatre potes. Programme : logement chez l’habitant et 2500 km de bus en six jours. C’est alors que ma situation esthétique commence à sacrément se détériorer. Ne voulant pas trop me charger au cas où il faudrait marcher beaucoup et faire du stop, j’ai réduit mon bagage à un sac de 60 litres à moitié rempli. Je n’ai pas pris d’épilateur, et me retrouve donc dans la condition du yéti, à des températures où il serait très inconfortable de porter des jeans. J’assume donc ma pilosité portugaise qui, avec les piqûres de moustique, donne un petit côté Pollock à mes jambes. Je n’ai pas pris mes soins pour cheveux non plus, et l’effet sur ma tiniasse du shampoing que j’ai volé dans les hôtels lors de la première semaine est un mélange de gras et de crépu assez original. J’ai pris peu de vêtements et commence donc à n’avoir de propre que mes culottes, vous me direz, c’est déjà ça. 

La chaleur, la poussière et le manque de sommeil rend insupportable le port des lentilles, j’arbore donc mes lunettes qui  glissent périodiquement sur mon visage lubrifié par le sébum et la crème solaire. Ce petit cocktail auquel il faut ajouter une pointe de sueur fait naître une voie lactée de pustules sur ma joue droite que je n’avais pas revue depuis le début du lycée, et on pourrait coller toutes les images d’un album Panini avec cette home-made glu que j’envisage dès lors de faire breveter. 

Je perds définitivement toute dignité lorsque je rentre à la Havane : voyage en bus de nuit oblige depuis Santiago, et dans l’attente de mon vol pour Paris le soir, je me retrouve 48h sans dormir et sans me laver, (sachant que la douche s’était déjà raréfiée pendant la semaine chez l’habitant). J’ai si chaud et me sans si sale qu’avachie sur une place de la capitale tropicale avec un dernier mojito, je me mets à m’éventer l’entrejambe avec ma jupe elle-même lourde de poisse, de sel et de sueur, aux vues offusquées de touristes en meilleur état. Dans les rues, mon groupe de potes et moi-même sommes suivis par une meute de chiens vagabonds tellement crades que l’on croirait des hyènes. Le dicton « qui se ressemble s’assemble » devient oppressant. Je n’ai donc pas été déçue en rentrant à Paris par les fantasmes les plus sexuellement bouleversants que j’avais pu imaginer pendant les deux derniers jours à Cuba : ma baignoire, ma machine à laver et mon masque désincrustant anti points noirs. 

 

Moralité : si vous voulez vivre des moments mémorables avec vos copains, si vous voulez découvrir de nouvelles cultures et des paysages à couper le souffle, si vous désirez réviser votre histoire du XX ème siècle, oui, allez à Cuba, c’est un voyage, qui, comme pour moi finalement, restera longtemps gravé dans votre mémoire.

Par contre, pour rester sexy, Douai, c’est bien aussi.


Miranda Allen.

 

 Parce qu'écrire ce merveilleux blog nous demande quand même, Miranda et moi, une énergie folle, une concentration de tout instant, nous avons décidé il y a quinze jours de nous accorder quelques vacances, plutôt jungle et culture pour elle, plutôt glamour et culture pour moi.

L'avion m'a donc déposée aux rives d'une des villes les plus courues de la planète (indice, on y parle anglais et tout y est censé être tellement plus sexy qu'ailleurs). Et là, première désillusion, mais de taille : pas du tout, mais alors pas du tout envie d'ôter mon vieux jean de voyage et mes Converse, tous deux presque aussi vieux que moi fashionement parlant, pour les remplacer par une jupe Prada et des Manolo Blahnik (que je n'avais malencontreusement pas dans ma valise, d'ailleurs, vu que je venais de claquer l'équivalent monétaire en billet d'avion). C'est donc parti pour une journée à déambuler comme une souillon dans une des capitales incontestées de la fashion la plus hype, et en plus avec un naturel désarmant. Finalement, on a bien raison de pester contre les touristes qui se permettent tout quand ils sont à l'étranger : moi, je ne serais même pas sortie acheter le pain dans cette tenue à Paris.

Deuxième désillusion, à laquelle j'aurais quand même pu m'attendre suite à la première : les beaux mâles qu'on m'avait décrits si attirés par le charme français me passaient à côté comme si j'étais invisible. Non que je sois activement à la recherche d'un compagnon en ce moment – j'ai déjà un CDI – mais en tant que femme et être humain j'apprécie d'être reconnue comme telle par mes congénères. Mettant cette défaite sur le compte du jean qui me pend au derrière, je décide de changer de stratégie vestimentaire (j'en vois qui s'écrient : enfin!!!). Je m'habille comme les autochtones, mini-jupes et mini-robes à tout va, avec la nonchalance de celle qui est habituée à ce qu'on voie presque sa culotte. Aucun résultat dans la rue. Aucun résultat dans la boîte de nuit hyper R'n'B où tout le monde avait pourtant l'air bien émoustillé, mais par les autres filles. Qu'on ne vienne plus me parler du "french kiss"…

Troisième désillusion : alors que, déjà, j'ai fait une croix sur le côté "sex", je m'apprête à en tracer une sur le côté "city" aussi. Au bout de deux jours de séjour, je me paie une monstrueuse allergie au soleil et/ou à la crème solaire et me retrouve avec un décolleté criblé de petites taches rouges qui se métamorphoseront, dans les jours qui suivent, en adorables petits boutons. Cerise sur le gâteau : le climat chaud et moite du pays vient mettre son grain de sel, et je ressemble à Miss Sébum 2007 – malgré la rude concurrence, je dois dire : toutes les filles avaient toutes l'air de souffrir du même problème.

Le séjour touche à sa fin, et à force de crèmes, j'ai réussi à résorber l'allergie disgracieuse ; à force de shopping j'ai retrouvé l'estime fashion de moi-même que j'avais perdue en route ; à force de poudre au nez, je me dis que ça fera illusion, au moins le temps que je rentre à Paris me tartiner de masque à l'argile verte. Je pense à tout cela dans l'avion du retour, impatiente aussi de revoir CDI dès que j'aurai repris forme humaine. Pourtant mon corps ne m'aura laissé qu'un répit illusoire, car dans les toilettes de l'avion je découvre avec bonheur l'appétissante pustule en train de pousser sur ma lèvre supérieure. Moi qui rêvais de sauter sur CDI la bouche grande ouverte, je m'empresse de mettre ce rêve au placard et je me fais à la réalité : cette semaine, je me terre dans ma chambre, volets clos et lumières éteintes, loin de l'humanité. Jusqu'à ce que je retrouve la Carrie que ce voyage soit disant "sexotique" m'a enlevé!    

Curly Carrie.

20.06.2007

Bienvenue à Connardland

Qu’est ce qu’un Connard ? La note péjorative du terme n’aura échappé à personne, mais ce mot tant employé dans les discussions entre copines autour d’un café mérite une définition claire, avant de pouvoir être applicable à tous les cas de figure.

Pour commencer, le Connard n’est ni un con, ni un sot, ni un idiot. Non, ce qui rend le Connard particulièrement nocif, c’est qu’il est intelligent – dans la mesure toute relative où l’on peut qualifier d’intelligence un usage aussi vil du cerveau. Le Connard sait où il va, et sait ce qu’il veut, mais il se garderait bien de vous le montrer, ça pourrait en faire un mec honnête.

Le Connard est plutôt beau gosse, ou, à défaut de ressembler au mannequin Armani, il dégage un charisme envoûtant qui vous fait glousser comme une dinde à la moindre blague pas drôle. Tel le serpent à sonnette, le Connard vous hypnotise au point de vous faire perdre toute objectivité – que vous avez aiguisée, en temps normal. Sans avoir à changer son comportement, le Connard parvient presque instantanément à vous faire croire dur comme fer que c’est l’homme de votre vie. Et là, vous êtes cuite.

Enfin, caractéristique fondamentale du Connard : pour lui, vous n’êtes qu’un petit jeu. Ca pourra certainement aller plus loin que le coup d’un soir, parce que le Connard, dans son intelligence malade, aime les cache-cache psychologiques qui lui donnent le loisir d’être le chat face à la souris. Mais il ne faut pas perdre de vue que le Connard ne vous regardera jamais avec l’œil enamouré que vous lui offrez en spectacle. Parce que si le Connard cherche des proies auprès des filles comme vous et moi, c’est des Connasses qu’il s’entichera au final – des filles qui le traiteront de la même manière que lui a traité d’autres filles. Telle est la loi physique de base qui définit l’essence même du Connard.

En commençant ma vie sentimentale, à l’adolescence, j’ai eu l’impression de débarquer à Connardland. C’est un peu comme Disneyland, sauf qu’au lieu de se balader parmi de gros Mickey et Donald qui nous saluent d’un air jovial en dodelinant du chef, on croise de gros Connards qui reniflent notre naïveté en connaisseurs et s’approchent en nous saluant avec l’air d’Humphrey Bogart séduisant Lauren Bacall. Connardland, l’entrée coûte cher, on y passe quelques journées de tension hystérique sachant que le billet expire bientôt, et la fin arrive toujours brutalement, comme se finit un rêve épuisant, nous rappelant qu’il est temps de revenir à la réalité. J’ai souffert des connards sans jamais trop croire au rêve qu’ils essayaient de me vendre. Ma première histoire était entièrement sponsorisée par Connardland, mais je n’étais pas dupe. D’ailleurs, par la suite, j’ai bien rencontré une dizaine de Connards, qui m’ont mise dans tous mes états sans jamais me faire tomber amoureuse.

Jusqu’au jour où j’ai rencontré Garcia la Garce. A ce jour, Garcia est l’unique coup de foudre à mon actif, et aussi le seul Connard que je n’ai pas vu venir. Comme je vous l’avais résumé, j’avais rencontré Garcia, un ami d’ami – raison de plus pour lui faire confiance, me disais-je – au cours d’une sortie dans un pub de Saint Germain des Prés, un soir où j’étais entourée de mes amis et lui des siens. La soirée s’est terminée dans une cave transformée en boîte à salsa, où Garcia me prit la main et m’invita à danser, pas comme le font les gros lourds pour qui la danse n’est qu’un prétexte pour coller leur kiki sur la cuisse des filles, mais avec respect. A la fin de la danse, complètement enivrés par la certitude qui nous étreignait d’être face à quelqu’un qui compterait, nous nous embrassâmes. Le reste de la soirée ne fut que baisers parfaits, conversations d’âmes sœurs et longue marche délectable le long des cours d’eau parisiens les plus romantiquement clichés : oui, il me fit le coup de la Seine et du Canal Saint Martin by night, ce Connard sans scrupules.

Il me quitta à la porte d’un taxi, me disant qu’il avait passé une soirée merveilleuse, et tandis que le taxi m’emmenait chez moi, il me rappela pour me parler encore. Vous noterez, chères amies, qui comme moi avez sûrement été la cible de mecs qui s’intéressaient surtout à votre corps, que Garcia ne manifestait en rien les signes du petit pervers.  D’habitude, le mec qui veut juste coucher avec vous sera insistant très vite, et face à un refus qu’il essuiera tout aussi vite, ira choper ailleurs – hors de question de perdre une bonne occasion en passant une nuit interminable, romantique et toute platonique avec la fille qui lui a dit non. Avec Garcia, rien de tel. Garcia était juste une petite allumeuse. Après une journée tout sourire à repenser à cette nuit et à rêver du lendemain, Garcia la Garce me rappela depuis un bar où il passait la soirée avec une bande de potes tous aussi lâches que lui, pour me dire – on pouvait palper la tension dans sa voix de mec prêt à s’entendre dire qu’il n’est qu’un pauvre Connard – qu’il ne se sentait pas de commencer une relation.

Après un temps assez long de remise sur les rails – que voulez-vous, j’ai mes côtés désespérément romantiques – pendant lequel je me suis saoulée de questions sans réponse (pourquoi m’avoir séduite s’il ne voulait pas de moi, pourquoi avoir à ce point sorti le grand jeu, etc.), j’ai eu comme une épiphanie : je me torturais pour rien, Garcia entrait parfaitement dans la catégorie de l’Homo Connardus, sauf qu’avec les yeux de l’amûûûr, je ne m’en étais pas aperçue avant ! Rien que pour avoir réussi à berner la spécialiste que je pensais être devenue, la tête de Garcia trône en première place au-dessus de ma cheminée de chasseuse de Connards.

Le problème des Connards, ce n’est pas tant leur désagréable personne que la lumière glauque qu’ils jettent sur l’ensemble de la population masculine. On a beau en rire après maintes expériences déplaisantes, au final, tout cela laisse comme un arrière-goût aigre sur la langue : le contact des Connards rétrécit le cœur et l’horizon. Pas étonnant dès lors, messieurs, que vous entendiez fréquemment des copines s’exclamer à la table d’un café : « Mais quel CONNARD ! »… Si ça se trouve, tout simplement, c’est de vous qu’il s’agit…

Curly Carrie.